Paradis [avant liquidation], l’avenir de la planète depuis une île


Julien Blanc-Gras, l’auteur de ce fabuleux récit de voyage a joliment nommé ce livre Paradis [avant liquidation] , comme un avertissement peut-être ou une tentative désespérée de faire réagir le monde.

Je ne peux que vous inciter à  découvrir ce livre qui sortira le 15 mai, un livre qui nous plonge dans l’avenir incertain de ce paradis sur terre, les îles Kiribati.

Le plus étonnant c’est que l’on parcours ce livre à  toute vitesse, mais peut-être un peu moins vite que cette eau qui monte qui monte pour bientôt engloutir définitivement ce paradis.

Après avoir découvert ce livre, je dois avouer que je suis attiré par ses autres récits de voyages, car celui-ci se révèle passionnant, vrai et touchant.

On y découvre une population, une vie, un pays, une histoire qui prendra bientôt fin.

L’écrivain a rencontré beaucoup de monde sur cette île, chaque rencontre étant l’occasion de découvrir une histoire, parfois une légende.

Du chauffeur de bus (taxi?), aux différents employés de l’état ou aux responsables, des enfants dans la rue aux personnes croisées ici et là , Julien Blanc-Gras nous raconte une aventure avec beaucoup de talent.

De l’humour il y en a dans ce livre, et il vient des situations plutôt cocasse en fait, et à  travers des histoires que nous racontent les différentes rencontres.

Quelques extraits du livre:

Paradis-avant-liquidation

« Je saute dans un des mini-bus qui traversent l’île en permanence. C’est un bon moyen de partager les intimités, on n’a pas trop le choix quand trente personnes se tassent dans un véhicule prévu pour seize. Mon voisin tient sur ses genoux une bassine pleine des rougets qu’il vient de pêcher. Un enfant se cure le nez. Des femmes chuchotent à  mon propos en pouffant. Le chauffeur augmente le volume de la musique, déjà  trop élevé. Comme toujours sous les tropiques, c’est la basse qui compte. Une passagère chante à  tue-tête sans que ça dérange personne. Ce serait même plutôt bien vu. Ici, on chante en roulant, en marchant, en travaillant. Ca va être compliqué de ne pas aimer ce pays. »

« Le PIB est l’un des plus bas du monde et la plupart des emplois réguliers sont fournis par le gouvernement. On est pauvres sans mourir de faim. Et ce que j’ai vu dans ce bureau m’en dit plus long que tous les rapports. Au ministère des finances, les fonctionnaires travaillent pieds nus. »

« -Comment est la vie là -bas ? La question est pertinente. Comme elle est vaste, je dois réfléchir une minute avant de formuler une réponse compréhensible. J’explique qu’il fait froid, que nous sommes riches et individualistes. Que nous fabriquons des fusées spatiales et que des gens dorment dans la rue. Que nous vivons dans des villes très grandes, où l’on ne peut plus voir les étoiles. »

« Quelques semaines après mon retour, lors d’un reportage au forum de Davos, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’ancien président du Timor-Oriental – et prix Nobel de la paix -, José Ramos-Horta. Il m’a confirmé les propos de Tong :  » Oui, j’ai parlé avec les dirigeants des Kiribati. Ce sont des gens adorables. Je leur ai évidemment proposé de les accueillir. On ne va tout de même pas laisser des êtres humains couler sans rien faire. Qu’est-ce que ça nous dirait sur l’humanité ? »

Ce que je retiens aussi de ce livre c’est évidemment que l’on a tous de bonnes intentions, et on s’y accroche comme on peu, le plus possible, mais voilà , la vie reprend trop souvent le dessus, on y pense quelques instants à  ce réchauffement causé par notre vie, notre consommation et pourtant cela ne nous empêchera pas quelques instants plus tard de craquer pour le dernier gadget à  la mode.

Pour autant, il faut un début à  tout, et ce livre est certainement un atout de plus dans la balance, un livre en guise de prise de conscience, et même si l’auteur nous dit tout ce qu’il c’est passé le temps de ce voyage (la fonte du Groenland, les ravages d’un typhon aux Philippines, les inondations de New York, la disparition d’une barrière de corail, l’échec de la dernière conférence climatique s’étant tenu dans un pays gazier…

Et si on apprend que son empreinte énergétique relative à  ses voyages est déplorable, on doit quand même noter qu’il faut bien quelques personnes pour faire ce tour du monde, nous le raconter, nous faire prendre conscience de tout ça, et plus particulièrement ici aux îles Kiribati, des îles en perdition…

Un livre fabuleux qui se referme sur une dernière note d’humour noir, « le 21 décembre est passé et la fin du monde n’a pas eu lieu. Ce n’est que partie remise… »

Un livre à  ne pas manquer, vous allez le dévorer, l’adorer, un véritable voyage qui donnerait presque envie d’aller faire un tour au Paradis avant qu’il ne coule, pas tellement pour faire du tourisme, mais peut-être bien pour rencontrer et échanger avec ceux qui vivent encore pour un temps là  bas…


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